Croire à un projet, le construire, effacer les doutes et le concrétiser. Un processus pas si simple, mais que certains arrivent à entreprendre.

Bel Entourage c’est des interviews d’amis passionnés qui essaient de vivre de leur passion. Si certains viennent tout juste de se lancer, d’autres sont déjà bien établis.

Parce que mettre tout en oeuvre pour se lancer est déjà une réussite en soi, le but ici n’est pas de montrer des “succès story”. L’objectif de ces discussions avec eux est de comprendre par quoi ils sont passés au moment de faire ces choix, d’éclaircir la période entre la volonté de faire quelque chose et l’accomplissement.

Concrètement, j’enregistre et on parle pendant quelques heures. Je leur pose mes questions pour essayer de comprendre leurs parcours.
Pour alimenter le récit, chaque discussion sur le site sera accompagnée de quelques photos.
Je propose aussi une playlist, différente pour chaque interview, pour accompagner ta lecture et ton café. #hopeyoulikesufjanstevens.

Bel entourage c’est un projet que je voulais faire depuis quelques temps et je suis très content qu’il prenne enfin vie.
Je fais tout en solo : le développement du site, les photos, les interviews et la retranscription donc le rythme de publication sera plutôt lent, d’où ce petit formulaire pour que je puisse t’envoyer un mail quand une nouvelle discussion sera mise en ligne.
Merci à mes amis qui acceptent de se livrer. Si la lecture de ces conversations peut intéresser certaines personnes, j’aurai réussi mon pari 😉

Des questions, des choses à me dire, tu peux m’envoyer un mail à : contact@belentourage.fr

Nicolas

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janis gallois portrait
Une belle histoire,
de belles musiques.

Janis

27 ans. Chargée de communication dans un théâtre. Paris (et ailleurs).

Depuis 6 ans, Janis vit de sa passion pour le théâtre. 6 années entrecoupées par plusieurs longs voyages au bout du monde.
Elle est l’une de mes meilleures et plus vieilles amies mais cette discussion a été l’occasion pour moi de découvrir encore de nouvelles choses, notamment sur ses choix de vie.

Pour cet interview, elle m’a ouvert les portes de son théâtre dans le 18ème arrondissement. On a abordé plusieurs sujets ensemble : l’image du Théâtre dans la société, sa passion pour cet art, son envie de le faire connaître à son entourage, les compromis qu’elle doit faire pour vivre dans ce milieu, ses envies de quitter la capitale, ses mois de “pause professionnelle” lors de ses voyages, etc.

Partager, c’est la seconde passion de Janis après le Théâtre. Et je suis presque sûr que vous ne résisterez pas à l’envie d’aller voir des rideaux rouges s’ouvrir après la lecture de cette discussion.

janis gallois
janis gallois
Ça veut dire quoi être “Chargée de communication” dans un théâtre ?

Pour moi, le poste de chargée de communication est assez similaire dans toutes les sociétés, à la différence qu’ici on vend du spectacle vivant et pas des chaussettes. On ne vend pas quelque chose de matériel, on propose une prestation humaine.
Par exemple, quand on a recruté récemment, on cherchait des gens qui avaient une expérience ou un goût pour l’artistique. Il y avait des CVs de personnes qui étaient chargées de communication dans la téléphonie. En soi, ce n’est pas du tout les mêmes réseaux, les mêmes enjeux, ni les mêmes outils.
On est pas publicitaire en fait, c’est vraiment de la communication. Finalement, si les gens ont un esprit trop marketing, ça ne plaît pas. C’est pour ça qu’on est un peu “ringard” dans notre communication (rires).

Mes missions sont donc celles d'un autre chargé de communication : réalisation des supports prints en lien avec le graphiste, la mise à jour du site internet, des réseaux sociaux, les relations presses, tout ce qui est partenariats divers et variés avec les autres structures, avec les blogs… Vraiment tout ce que je peux imaginer dans le but de ramener du public individuel aux spectacles.
Après, il y a toutes les particularités du théâtre où je travaille à prendre en compte : surtout le fait que ce soit un petit théâtre et qu’on ait peu de budget. On ne peut pas faire d’affichage dans le métro ou ce genre de choses. On est un peu en mode débrouille, à faire le plus possible avec le moins de moyens possibles, pour faire rayonner le théâtre et les spectacles qu’on diffuse ici.

Tu peux nous en dire un peu plus sur ton théâtre, l’Étoile du Nord ?

On propose des spectacles contemporains : théâtre, danse et jeune public, principalement de la jeune création. On est un théâtre privé mais on a des subventions par la Mairie de Paris, la Mairie du 18ème et la région.
On a l’ambition de vraiment rayonner dans le 18ème arrondissement, surtout qu'à Porte de St Ouen le quartier est un peu difficile. De ce fait, on organise des choses avec les associations, les scolaires, etc…, ce qu'on appelle “actions culturelles” pour toucher le public qui n’irait pas au théâtre naturellement.

Tu bosses donc en équipe ?

Au poste de communication, je suis seule. Mais il y a aussi Nawel qui s’occupe des relations publiques et de l’action culturelle. Son boulot c’est plus de démarcher les groupes associatifs et scolaires, ou alors de mettre en place des actions culturelles. Par exemple des ateliers amateurs dans un centre d’animation, dans le but de leur faire découvrir le théâtre et en espérant qu’ils aient envie de venir aux spectacles après. C’est un travail qui est plus centré sur des publics spécifiques, alors que moi c’est sur un public plus général. Comme pour te faire venir toi, par exemple.

Tu me parlais de réseaux sociaux, newsletters, site internet, etc.. Il y a quelques années tu ne faisais pas ça, comment as-tu appris ton métier ?

Ma formation était divisée en 2, entre l’entreprise et l’école. J’ai donc appris sur le tas pendant mes stages. J’ai beaucoup, beaucoup, appris ici au théâtre L'Etoile du Nord.

Être seule à ton poste, ça te laisse une bonne marge de manoeuvre ? Il y a des gens qui ont un regard sur ton travail ?

Pas tellement. Je travaille beaucoup avec Nawel donc je lui demande toujours son avis, on échange beaucoup. Par exemple, elle relit certains documents que je rédige... Le directeur semble avoir confiance en nous, considère toujours qu’on a de bonnes idées et nous soutient pour les mettre en place.

Et c’est le nombre de billets vendus qui indique que vous bossez bien ?

Oui et non. Notre volonté c’est aussi de soutenir des jeunes artistes qui sont émergents, qui n’ont donc pas forcément une grosse carrière derrière eux. Ça ne veut pas dire que c’est amateur ! Juste que ce sont des artistes qui ont fait peut-être moins de 5 pièces ou créations. De ce fait, c’est plus difficile de faire venir du monde. C’est pas comme dans les grands théâtres publics où il n’y a que des grands noms, qui remplissent d’office.
En fait, c’est un peu une double mission. Il faut qu'il y ait des billets vendus, du monde dans la salle, par rapport à nos financeurs mais aussi pour que les artistes gagnent un peu d'argent. C'est difficile de remplir par moment. Mais une pièce qui ne fonctionne pas ou mal n’est pas synonyme d’échec car on aura au moins rempli ce rôle de soutien auprès de jeunes artistes.

C’est la partie que tu préfères ?

Complètement ! C’est un accompagnement. Certains des artistes qui passent ici sont devenus des bons copains. C'est les côtés intéressants, où l'on quitte l'ordinateur. On échange beaucoup, on leur donne des conseils. Par exemple, ce midi, je discutais avec la chorégraphe qui présente un spectacle jeune public en ce moment et je lui parlais d’un moment où je n’aurais pas imaginé les choses comme ça dans son spectacle. C'est enrichissant.

Maintenant qu’on sait ce que tu fais, on va revenir un peu en arrière. Est-ce que tu sais d’où vient ton goût pour le théâtre ?

En fait, j’ai commencé à faire du théâtre au collège, mais je n’ai absolument aucune idée de comment ça m’est venu, ni même du moment où j’ai dit “Maman, je veux m’inscrire à un cours de théâtre !”. Je ne sais pas pourquoi ça m’est passé par la tête mais je me suis inscrite à un cours de théâtre à Fontainebleau. J’en ai fait au collège et au lycée. Donc ma première approche avec le théâtre, c’était par la pratique.

C’est pas le fait d’aller voir des pièces ?

Pas au début en tout cas. Je ne m’en rappelle pas très bien mais je ne pense pas qu’on allait tellement en voir avec mes parents. Dans ma famille, on ne faisait pas énormément de sorties culturelles. La vie à la campagne. Mais clairement, ensuite le fait d'aller voir beaucoup de pièces à confirmer mon goût pour le théâtre.

janis gallois
janis gallois
Après le lycée, tu as fait l’IESA (Institut d'Études Supérieures des Arts). Comment as-tu eu l’idée de faire ça ?

En sortant du lycée, la seule certitude que j’avais c’était que je voulais bosser plus tard dans le domaine culturel, mais sans grande conviction non plus.
Au tout départ, mes premières tentatives d'inscription étaient dans des IUT de journalisme mais je n'avais pas été retenue. Du coup, je me suis inscrite à une fac de cinéma.
En sortant de l’inscription, je me suis rendu compte que je n’avais pas du tout envie de faire ça, je pleurais dans le métro. J’avais l’option “Bollywood” et à l’époque l’Inde ça ne m’attirait pas du tout (rires). Je me disais “Mais pourquoi je me suis inscrite à la fac de ciné ? Ce n’est pas du tout ce que j’ai envie de faire de ma vie”.
Du coup, j’ai juste payé l’inscription pour rien parce que je n’y suis jamais allée. Puis je suis allée à un forum des Ecoles et quand ils m’ont présenté l’IESA, je me suis dit “C’est ce que je veux faire !”.

T’es rentrée dans quelle formation ? Tu avais une idée de ce que tu voulais faire après tes études ?

C’était une licence de “médiation et productions culturelles”. En gros, c’est pour bosser dans la Culture en général, sauf que j’avais pris l’option “Spectacle Vivant donc danse, théâtre et musique. On a eu aussi énormément de cours d’Histoire de l'Art, donc plus théorique, ça m'intéressait un peu moins. A titre professionnel je veux dire.
Pour répondre à ta question, au tout départ je pensais que j’avais envie de travailler dans la musique, dans le concert, surtout dans le festival. Sauf que je me suis rendu compte avec mes potes qui ont monté Rouge Vinyle (association pour organiser des soirées concerts) que ça ne me plaisait pas du tout l’idée de travailler 6 mois sur un truc qui ne durerait pas longtemps. Un événement où tout le monde boit et puis à minuit tout le monde se fout de la musique que tu as choisi de programmer. Bon, je généralise un peu là et je ne dis pas que parce que tu es bourré, tu n’apprécies pas la musique mais bon… Finalement le côté un peu plus sérieux du théâtre me plaisait plus.

C’est étonnant que tu aies pensé à bosser dans la musique alors que tu aimais le théâtre et que tu le pratiquais.

Je pense que ça c’est l’influence des copains à l’époque (rires). Mes amis ont toujours plus gravité dans l'univers de la musique donc je ne savais pas encore que j’adorais le théâtre à ce point là. Je savais que j’aimais bien mes cours de théâtre, mais en tant que spectatrice, j’en avais pas vu énormément. Enfin, au lycée on y allait quand même pas mal, mais c’était des pièces au théâtre de Fontainebleau donc rien à voir avec ce que j’ai découvert en y allant par moi-même… De toute façon, c’est depuis que je travaille ici que je suis allée voir le plus de pièces et que je suis accroc !

Tu étais sensibilisée au théâtre pendant tes études ?

J’avais fait pratiquement tous mes stages dans ce domaine. Dans plusieurs théâtres et auprès d'un site revendeurs de billets de spectacle. En fait, c’est ça qui a dirigé mon envie de bosser dans le théâtre plutôt que dans la musique : mes stages étaient dans le théâtre et ça m’a plu.

On dit souvent que le milieu de l’Art et de la Culture est assez précaire. Tu t’es posé la question à l’époque ? D’autant plus que l’IESA est une école privée, donc payante...

Je n’y ai pas pensé parce qu’en sortant du lycée, et au moment de m’inscrire dans cette école, ma seule préoccupation c’était de faire un truc qui me plaisait, et pas du tout quelque chose qui m’apporterait de l’argent. Donc le rapport de payer pour faire quelque chose qui me plait m’allait bien.
Après je n’ai pas payé mes études, j'ai eu la chance que mes parents l'aient fait. Si j’avais dû faire un prêt je pense que je me serais plus questionnée. Est-ce que je m’inscris réellement ? Quels débouchés ça va m’apporter ? Mais en fait, je pense que j’étais jeune et je ne m’en étais pas vraiment rendu compte, du coût énorme que ça représentait. Et à ce moment là, je pense que je ne me demandais même pas “est-ce que j’ai réellement envie de bosser là dedans ?”. J’y suis allée tête baissée quoi.

Ça m’a vraiment permis d’avoir du boulot dans ce milieu. La Culture, c'est vraiment bouché, tout le monde veut y bosser. Le fait d’avoir été en stage dans des théâtres 2 jours et demi par semaine m’a beaucoup aidé. Quand je suis sortie de la formation, j’avais 21 ans et j’avais quand même un bon CV comparé à ceux qui sortent de la fac et qui ont juste fait des cours théoriques. Donc ça a quand même joué en ma faveur.

T’as fait quoi juste après tes études ?

Juste après les études, j’ai travaillé 3 mois au Monoprix et je suis partie en voyage. (rires) Je voulais vraiment partir. Je savais que si je commençais un boulot épanouissant je n’allais pas partir.

janis gallois
Je me souviens qu’en revenant de ton premier voyage, tu bossais au théâtre de Rambouillet (petite ville en Île-de-France). Ça t’a conforté dans l’idée que tu voulais bosser dans ce milieu ?

Oui, avant de travailler ici j’étais au théâtre de Rambouillet et j’étais vraiment bien, j’étais un peu triste d'en partir pour mon deuxième voyage d'ailleurs. Je savais que j’avais envie de retravailler dans un théâtre en rentrant.

Tu bossais à la billetterie du théâtre, j’imagine que c’est un peu les premiers boulots dans ce milieu ? Tu t’es dit que ça allait être compliqué d’évoluer ?

Je me posais pas vraiment la question, j’étais contente parce que j’étais dans une équipe qui me plaisait. En fait, j’apporte plus d’importance au contexte qu’à mes tâches réelles. C’est surtout que je me suis ennuyée de fou à la billetterie, j'avais trop de temps et peu de tâches. Donc très rapidement, je suis allée voir les autres de l'équipe en demandant des trucs à faire. Finalement, j’ai appris pas mal là-bas aussi. Quand j’ai postulé ici, j’ai clairement dit que j’étais assistante de communication. C'était un demi mensonge parce que c'était un peu le cas au final, même si je n’avais pas le poste à proprement parler sur le papier.

Mais je me suis demandé il n’y a pas longtemps si d’être à la billetterie ne me plaisait même pas un peu plus. Parce qu’au final, j’étais en contact avec les spectateurs, j'étais moins derrière l'ordinateur et j’avais l’esprit un peu plus libre… Une fois que tu as fais ton boulot, c'est fini. Alors qu'en tant que chargée de communication, il y a toujours des choses à imaginer, c’est sans fin. Tu peux toujours trouver d’autres moyens pour communiquer...

Tu as l’impression que c’est un milieu où les postes intéressants sont difficiles à obtenir ?

Oui car c'est un milieu bouché et les postes sont aussi hypers scindés. Il y a vraiment des postes de communication, d’actions culturelles, de production, d’administration qui sont hypers distincts. Et finalement, ce n’est pas facile d’en changer parce que c’est pas du tout les mêmes compétences.
Je pense que demain je pourrais trouver du travail assez facilement en communication, mais si je voulais me mettre à faire de l'administration par exemple, il faudrait que je fasse une formation.

Le poste que tu occupes actuellement était une nouvelle étape pour toi, avec plus de responsabilités. Comment s’est passé ton entretien ?

J’étais relax parce que je n’avais pas d’enjeux. J’avais le chômage et c’était le premier poste auquel je postulais à mon retour de voyage. En fait, sur chaque ligne du poste, j’avais les compétences. Il n’y avait rien de très compliqué.
Ça m’arrivait de voir des annonces avec une mission qui ne me plaisait pas et de ne pas postuler parce que je me disais que je n’en étais pas capable. Alors que là, réellement, il n’y avait rien d’insurmontable.

Depuis la fin de tes études, ta vie a été rythmée d’aller/retour entre tes voyages et la France. Ce n’est pas trop dur de quitter ton boulot à chaque fois pour mettre en pause ta carrière ? Comment tu vis ça ?

À mon premier voyage, je ne me suis pas dit que c’était dangereux de partir je crois… Et puis j'en avais vraiment envie. Mais c’est vrai que je suis quand même partie 6 mois. Je me posais moins de questions qu’aujourd’hui je pense.

Pour mon second voyage, mon copain de l'époque était à l’étranger donc j’avais envie de le rejoindre et de voyager de nouveau. Et en même temps, partir de Rambouillet ça n’avait pas été facile. C’était un CDD mais ils l’auraient renouvelé si je l’avais voulu. Je me rappelle que j’étais quand même triste de partir mais une fois à l’étranger, je me disais “non mais j’ai bien fait !”.
Après, ici, quand j’ai commencé à travailler, je me suis dit “je reste pas trop longtemps”. Et au final, ça fait 3 ans et demi... Dans l’idée, je voulais repartir en voyage avant.

Donc ça ne te fais pas peur pour ton prochain retour ?

Non, je ne réfléchis pas comme ça et là je pense être arrivée à un moment avec mon CV où je vais retrouver un peu plus facilement. C’est peut-être hyper prétentieux de dire ça. Je me suis aussi fait des contacts. Quand j’ai annoncé mon départ à certains artistes, j'ai reçu des “écris-nous quand tu rentres”, le genre de messages qui fait bien plaisir ! Justement, là je pense qu’en rentrant j’aurais peut-être une phase où je voudrais travailler pour des compagnies. Et je pense que si j’écris juste un mail à tous les gens que je connais, certains pourraient me proposer ou avoir entendu parler d'un boulot.

Si tu pars trop longtemps, je pense que tu es un peu largué en terme de relationnel, tu ne connais plus les compagnies, les équipes… Et même, l’air de rien, je connais un peu le réseau maintenant, le nom des directeurs des structures, les chargés de communication, etc… Là, si j’enchainais un autre boulot tout de suite, ce serait hyper facile. Par exemple, je connais toutes les chargées de communication des autres structures, j’aurais des interlocutrices. Mais je pense que dans 1 an, elles auront toutes changées. Après, ce n’est pas aussi grave que dans le web ou des milieux comme ça parce qu’on utilise pas de technologies qui évoluent tous les jours non plus. Je pourrai vite me remettre à la page je pense.

Et puis à chaque fois tu as réussi à retrouver du boulot en revenant ?

Oui, j’ai eu beaucoup de chance je pense. Mais je le disais à mes entretiens “là j’ai fait ça et là je suis partie en voyage”. J'étais honnête. Je n’avais pas travaillé depuis 1 an quand j’ai postulé ici.

janis gallois
Tu arrives à mettre une vraie barrière entre ton job et le plaisir que le théâtre t’apporte ? Par exemple, quand tu vas voir une pièce, tu penses boulot ?

Ha non pas du tout, j'y vais pour mon plaisir ! Après, il y a des pièces que je vais voir parce qu’il faut que j’aille les voir, parce qu’on va les programmer, par exemple, donc là c’est un peu le boulot. Il y en a aussi que je vais voir parce que des copains ou des connaissances jouent dedans ou les ont mises en scène. Dans ce cas là, c’est des gens que je connais par le biais du boulot mais qui sont quand même des copains, donc je ne considère pas que je travaille. Mais sinon non, je vais au théâtre comme quand toi tu vas au cinéma le soir. C’est vraiment distinct.

Est-ce que c’est important pour toi de partager ta passion avec les autres ?

Oui j’ai envie, mais bizarrement ça dépend envers qui. Par exemple, il y a des gens que j’ai beaucoup invités au théâtre mais c’est peut-être parce qu’eux étaient un peu demandeurs aussi.
Généralement, j’essaye de choisir une pièce qui va leur plaire vraiment. Parce qu’il y a beaucoup de pièces que je vais voir ou qu’on accueille ici qui ne sont pas accessibles à des gens qui ne sont pas du tout intéressés par le théâtre.
J’aime bien offrir des places justement en sachant que ça va forcément plaire. À chaque fois je cite cet exemple : j’avais emmené un ami voir une pièce super bien. Après la pièce, il m’a réellement regardé avec des étoiles dans les yeux et m’a dit “mais pourquoi, nous les jeunes, on va pas plus souvent voir ça ?”. J’ai trouvé ça tellement drôle qu’il dise ça (rires). Je me rappelle lui avoir dit : “mais c’est pour ça que je t'emmène en fait ! “.

Pour certains, le théâtre est moins sexy que le cinéma ou la musique, c’est moins “hype”. Ça t’embête un peu cette réputation ?

Justement, ce qui m’énerve c’est que les gens ont tellement vu de mauvaises pièces, de mauvaise qualité ou trop classiques… Le théâtre peut être sexy ! Je sais que tous mes amis qui pensent le contraire, je peux les emmener voir une pièce que je sais génialissime et qu’ils adoreraient, vraiment.
C’est juste qu’il faut sélectionner. Moi aussi il y a plein de pièces que je trouve ringardes et ennuyantes. Déjà, il y a aussi, tout ce qui est boulevard, gros one man show etc.. Ca je déteste. Si c’était pour travailler là-dedans, je ne travaillerais pas dans le théâtre.
D’habitude, j'emmène les gens voir plutôt des grosses productions dans des grosses institutions, où il y a beaucoup de monde sur scène, où il va y avoir du sang, de la musique et des choses à regarder partout sur le plateau.
En fait, ce qui me dérange exactement c’est que les gens pensent que le théâtre c’est ringard, alors que ça n’est pas du tout le cas. Enfin, il n’y a pas de généralités mais, tu peux vraiment voir des trucs hypers contemporains et perchés. Comme au ciné, il y a de tout.

janis gallois
janis gallois
Tu sais d’où ça vient cette mauvaise réputation ?

Je pense que ça vient vraiment de l’école. Parce que moi, j’ai été voir des trucs quand j’étais au lycée... c’était l’enfer ! Je me rappelle justement d’une pièce que j’ai été voir où il n’y avait pas de décor, pas vraiment de scénographie, le texte brut, en alexandrins. C’était Phèdre de Racine, ça durait 3h30. Maintenant que je travaille dans le théâtre, je ne comprends pas pourquoi notre prof de français avait choisi cette mise en scène.

On en parlait l’autre fois, j’avais l’impression que le public du Théâtre n’était pas le même que celui de la Musique ou du Cinéma. Peut-être que c’était un problème de communication, qu’on en parlait moins...

Moi je pense que tu n’es pas du tout dans le réseau. Par exemple, tu as l’impression qu’on parle vachement de musique parce que tu es dans ce réseau, mais moi je n’entends jamais parler de musique. Ce sont des bulles en fait, complètement.
Quand je vais voir des productions à la mode, tu te rends compte que le public est clairement le même, trentenaires “hypes”.
L’autre fois, j’ai emmené un ami voir un spectacle et je lui ai dit “regarde autour de toi”. Tout le monde était à cette pièce là pour se montrer. Mais comme il peut y en avoir dans un concert en fait.
Il y a même des salles où la programmation est bien, comme à L'Odéon, mais où il n’y a vraiment que des vieux dans la salle. En même temps c’est aussi parce que c’est cher.

Justement c’est quoi les fourchettes de prix pour aller voir une pièce ?

C’est selon les salles. Nous, par exemple, notre tarif est vraiment bas. C’est 15€. À L'Odéon, par exemple, tu en as pour 25€ minimum si tu veux ne pas être trop mal placé.
Mais moi, je n’ai pas du tout de mal à mettre 15€ dans un spectacle alors qu’à un concert je vais réfléchir. L’autre fois, un spectacle m’a couté 50€ les 2 places et je me suis vraiment dit “si ça avait été un concert, je ne suis pas sûre que j’aurais payé ce prix là”. Je pense que c’est une question d'habitude. Et j'ai encore plus de mal à mettre 12€ dans une place de cinéma !

Tu me disais faire du théâtre à côté, pourquoi tu n’as jamais pensé à être actrice ?

Quand j’ai fait du théâtre au collège, je le pensais un peu je crois. Et après, ça m’est un peu sorti de la tête, je me suis dit que je n’étais pas assez bonne, que ça n’était pas fait pour moi, je ne sais pas pourquoi.
Maintenant que j’ai un regard vachement plus critique sur les pièces, je pense que si j'avais envie de faire quelque chose d’artistique, ce serait plutôt de la mise en scène justement. D’ailleurs, c’est ce qu’ils me disaient à mon cours de théâtre : ”Mais Janis, tu devrais faire de la mise en scène !” parce que je donnais tout le temps mon avis sur tout, comment j’imaginais la pièce, le décor, etc.

Je sais qu'il t'est arrivé un épisode plus que singulier il y a quelques mois (Des pompiers sont rentrés par effraction chez elle suite à un appel d'une mère en panique pensant que sa fille allait se suicider. Les pompiers l'ont ensuite plaquée au sol et questionnée longuement avant de se rendre compte qu'il s'agissait d'un malentendu 1h plus tard). Est-ce que tu peux me dire pourquoi t'as eu l'idée d'en faire un scénario ?

Je peux te trouver plein de raisons. Juste parce que c'est une bonne intrigue je pense. Peut être aussi pour évacuer le traumatisme par l'écrit ? Aussi grâce à mon prof de théâtre qui m'y a encouragé. Et un peu inavoué : parce que j'aimerais bien tenter le derrière camera. Et enfin, car j'ai toujours eu envie d'écrire et pour une fois, l'inspiration était là !

Comment tu vois la suite ? Tu ne vas pas te lasser de bosser dans le théâtre ?

De bosser dedans je ne sais pas, mais je ne me lasserai jamais d’aller voir plein de pièces je pense. En même temps, le théâtre ça ne veut pas forcément dire bosser dans une structure culturelle. Ça peut être bosser pour une compagnie, par exemple.

Je t’ai déjà entendu dire que tu voulais quitter Paris pour vivre ailleurs en France. Travailler dans la Culture ça peut-être un frein pour partir ? Est-ce que c’est vraiment plus simple d’être à Paris pour bosser dans ce que tu fais ?

Oui complètement. C’est ce que j’ai fait ces dernières années où j'ai privilégié la Culture, parce que je suis jeune et que je n’ai pas envie de me retrouver à la campagne tout de suite. Pour profiter d'une ville riche comme Paris.
Je me dis un peu qu’à partir de la trentaine, je serai prête à changer de métier s’il le faut pour quitter Paris. Mais j’ai espoir de trouver une ville moyenne qui me plaise où je pourrais allier Culture et campagne. Dans tous les cas, culturellement parlant, ce sera toujours plus pauvre pour moi de travailler ailleurs qu’à Paris. La Culture dans une plus petite ville c’est beaucoup plus limitée, alors qu’ici il se passe plein de choses, il y a tellement de salles de spectacles ! Je pense que dans des villes comme Bordeaux ou Nantes c’est possible mais c’est déjà trop gros pour moi (rires).

Tu connaissais du monde dans tes amis qui était dans ce milieu à tes débuts ou qui voulait faire ça aussi ?

On est plusieurs à avoir fait des études pour bosser dans la Culture, mais finalement il n’y a que moi qui aie réussi à travailler réellement dans un truc qui me plaisait.
Dans le Théâtre tout particulièrement, je ne connaissais pas grand monde non. A part Guillaume (un ami acteur) qui prenait des cours de théâtre. Avec lui, quand on se voit maintenant, ça parle un peu pro. Clairement, j’ai compris qu’on était exactement dans le même univers. Avec les autres, on n’a jamais été dans le même mais ça ne m’a jamais gênée.

Tu n’as pas ressenti un besoin d’appartenance à un groupe, pouvoir t’identifier ?

Non, c’est plutôt l’inverse, j’aime bien ne pas ressembler aux autres en général.

Tu vas quitter ton boulot dans très peu de temps, ton plan c’est de repartir en voyage, pour revenir j’imagine ?

Oui, pour revenir dans tous les cas, mais pour revenir où… je n’espère pas à Paris mais j’ai dit ça à chaque fois (rires). Tu oublies que tu en as marre de Paris parce que c’est quand même une ville qui est cool, mais là je pense que je vais essayer d’ancrer mon dégoût du métro et des apparts de 20m2 pour bien y penser quand je vais revenir (rires).

Ton plan c’est toujours de bosser dans le théâtre à ton retour ?

Oui, justement mon plan c’est peut-être de bosser pour des compagnies, je serais plus libre. Parce que finalement, en bossant pour des compagnies tu ne travailles pas forcément 35h, tu n’as pas d’horaires fixes. C’est un peu le freelance du théâtre !

Toujours en tant que chargée de communication ?

Non, car les compagnies qui ont des chargés de communication sont déjà des grosses compagnies en général, et je préférerais rester dans la jeune création. Généralement tu n’as pas un chargé de communication quand tu as un petit budget, ce n’est pas ta priorité.
Tu as plutôt une seule personne qui est un peu le bras droit d’un artiste, qui s’occupe de la réflexion autour de son travail, de la réalisation des dossiers, de la communication et de la diffusion surtout. La diffusion c'est pour essayer de faire tourner le spectacle, de le vendre. Tu dois contacter et relancer les professionnels. Ça, c’est un côté lèche-bottes qui ne me plaît pas du tout. Mais je me dis que je suis peut-être prête à faire ça si c'est pour accompagner une compagnie dont j'aime beaucoup le travail, pour avoir un peu de liberté et pour travailler ailleurs qu’à Paris.

Fin.

Pour en savoir plus sur le lieu de travail de Janis