Croire à un projet, le construire, effacer les doutes et le concrétiser. Un processus pas si simple, mais que certains arrivent à entreprendre.

Bel Entourage c’est des interviews d’amis passionnés qui essaient de vivre de leur passion. Si certains viennent tout juste de se lancer, d’autres sont déjà bien établis.

Parce que mettre tout en oeuvre pour se lancer est déjà une réussite en soi, le but ici n’est pas de montrer des “succès story”. L’objectif de ces discussions avec eux est de comprendre par quoi ils sont passés au moment de faire ces choix, d’éclaircir la période entre la volonté de faire quelque chose et l’accomplissement.

Concrètement, j’enregistre et on parle pendant quelques heures. Je leur pose mes questions pour essayer de comprendre leurs parcours.
Pour alimenter le récit, chaque discussion sur le site sera accompagnée de quelques photos.
Je propose aussi une playlist, différente pour chaque interview, pour accompagner ta lecture et ton café. #hopeyoulikesufjanstevens.

Bel entourage c’est un projet que je voulais faire depuis quelques temps et je suis très content qu’il prenne enfin vie.
Je fais tout en solo : le développement du site, les photos, les interviews et la retranscription donc le rythme de publication sera plutôt lent, d’où ce petit formulaire pour que je puisse t’envoyer un mail quand une nouvelle discussion sera mise en ligne.
Merci à mes amis qui acceptent de se livrer. Si la lecture de ces conversations peut intéresser certaines personnes, j’aurai réussi mon pari 😉

Des questions, des choses à me dire, tu peux m’envoyer un mail à : contact@belentourage.fr

Nicolas

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Une belle histoire,
de belles musiques.

Julien

26 ans. Fondateur d'un laboratoire d'impression 3D. Londres.

De formation architecte, il a créé son studio il y a 3 ans : Batch.Works.
Son studio c’est sa vitrine pour vivre de sa passion et le moins qu’on puisse dire, c’est que Julien est un passionné, un vrai.
Quand il n’est pas derrière ses machines, on peut le voir rechercher continuellement de nouveaux moyens de perfectionner son savoir faire. À tel point que c’est devenu un expert de l’impression 3D, et pour un novice comme moi, c’était un vrai plaisir de l’écouter parler de sa passion.

De l’achat de sa première imprimante 3D à maintenant, son studio a beaucoup évolué et Julien fait tout pour faire de Batch.Works un projet de plus en plus viable. Il me l’a dit, cette année est charnière pour lui et il a plein d’idées pour réussir son pari.

Mais c’est quoi réellement l'impression 3D ? Comment on monte sa boite à l’étranger quand on n’a pas de formation d’entrepreneur ? Comment Julien arrive à lier la création qui l’anime et la discipline nécessaire pour en vivre ?

Toutes les réponses juste en dessous !

*L’interview a été réalisé en janvier 2018. Quelques éléments ont changé depuis : il a fait grandir son équipe et s’est relocalisé dans le quartier de Shoreditch.

julien vaissieres
julien vaissieres
C’est quoi en fait l’impression 3D ?

L'impression 3D existe depuis 30 ans mais elle s’est démocratisée en 2009. 
Ça consiste à ajouter des matériaux par couche. La technologie la plus basique c’est qu’on fond le plastique et en déposant ces couches de plastique chaudes, on va construire l'objet en volume. Ça peut aussi être des techniques de fusion pour le métal.

Ce qui est intéressant avec l’impression 3D c'est qu'il n'y a pas de déchet. On utilise le matériau là où on en a besoin pour construire l'objet. On ne part pas d'un bloc que l’on va découper, tailler et sculpter en objet; c'est l'inverse : on vient ajouter de la matière pour construire cet objet.
Il faut savoir qu’avec l’impression 3D, le processus est assez long et un peu laborieux. Plus les couches sont fines, plus elles peuvent être détaillées. Nous, on utilise des couches très épaisses, avec peu de détails, pour pouvoir avoir une impression qui est rapide et qui donne aussi un aspect esthétique assez intéressant.

Maintenant que c’est un peu plus clair, tu peux m’expliquer ton métier ?

Donc ici, avec Batch.Works, on produit des objets imprimés en 3D en utilisant des matériaux qui sont biodégradables. On essaie de les combiner avec du bois pour leur donner un peu plus de valeur.

On développe des produits, on propose du consulting à des sociétés de design qui ont besoin de conseils par rapport à l'impression 3D, et on fait de la recherche car l'impression 3D, au final, c'est assez analogue. On est obligé de pousser le process pour que ça puisse être efficace en terme d'impression de produits et de rendu. Voilà, c'est un peu les trois axes.
 Ils ne sont pas tous développés de la même façon. Le produit alimente la recherche et le consulting permet de développer, d'apprendre sur la partie logiciel et en même temps de découvrir de nouvelles choses donc ça, c'est cool.
Généralement, dans la partie consulting on externalise les impressions, on ne les fait pas nous-mêmes parce qu'elles sont trop grosses ou trop détaillées. On préfère donc faire appel à des usines qui ont de bonnes imprimantes en fonction des projets.

Comment se passe la création d’un produit ?

Du fait qu'on utilise la fabrication digital, le processus est très réduit par rapport à un développement traditionnel. Le matin tu peux avoir une idée et elle peut être fabriquée et prototypée en fin de journée. Elle peut être modifiée, re-modifiée et fabriquée donc le design peut être fait sur une journée quoi.

Une fois que j'ai une idée en tête, je fais le croquis à la main, puis je passe très vite à l'ordinateur pour faire un modèle 3D. Ce modèle est soit découpé au laser, soit imprimé en 3D ou alors coupé à la fraiseuse numérique. Généralement, le design 3D est assez basique, ça permet juste d'avoir un premier jet. Ensuite, on peut le modifier, le détailler et ainsi de suite pour avoir un objet un peu plus intéressant.

C’est quoi l’avantage de l’impression 3D ?

Il y a un peu deux types d'industries : il y a tout ce qui est artisanal (fait à la main, en bois) qui est qualitatif mais qui coûte cher, et de l'autre côté il y a la fabrication de masse que l’on connait tous (le Made in China ou ce genre de choses).

L'impression 3D se retrouve entre les deux, c'est une sorte de fabrication en volume qui est faite à la demande tout en ayant des coûts très bas.
Si je veux faire un objet avec une taille ou une couleur précise, avec la fabrication de masse ça me coûterait trop cher car il faudrait le produire par milliard pour que ce soit rentable.
Avec l’impression 3D c’est l’idéal, c’est à la demande et sur mesure. Dans notre cas, les clients peuvent choisir la couleur ou la taille de l'objet.

L’autre avantage c’est la rapidité. Forcément, la taille de la machine étant petite, on peut en avoir une proche de soi et facilement prototyper ou fabriquer des objets.

C’est quoi la structure de Batch.Works ?

Jusqu’à l’année dernière, on était deux avec Dylan mais maintenant ce n’est plus que moi. On a aussi une stagiaire à mi-temps, elle fait de la production, c'est un peu ma troisième main. En ce moment, je suis en train de recruter pour tout ce qui est relations publiques, démarchage, marketing, communication, etc. Du coup, on sera à nouveau deux dans quelques temps.

Quand on était à deux avec Dylan, c'était financièrement assez compliqué. Le souci c'est qu’on est pareils, on était tous les deux créas et tous les deux en production. Pour pouvoir vraiment grossir le studio, on avait besoin d'une personne beaucoup plus structurée, complètement à l'opposé de ce que je suis. En même temps, Dylan a eu une superbe opportunité, il n’était pas prêt à monter un business maintenant donc moi j'ai un peu pris le truc en main.

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Tu peux m’en dire un peu plus sur ton lieu et rythme de travail ?

Ici on est dans un maker space ! Donc c'est un espace de coworking avec plein de start-up. On a nos propres machines d'impression 3D et on a accès à la machine laser pour une découpe laser, une fraiseuse numérique qui découpe le bois et d'autres outils plus petits qui ne servent pas directement aux prototypages mais qui sont pratiques pour d’autres choses.

J'essaie de commencer vers 9h-9h30. Parfois je reste à l'appart pour écrire des mails ou faire des trucs pour lesquels j'ai besoin d'être au calme, et j'arrive à l’atelier plus tard.
Je pense aussi que ça va beaucoup évoluer, ça dépendra du rythme. Avec cette personne qui va arriver notamment, l'idée c'est aussi de se structurer...

Disons qu’il y aura des journées assez spécifiques : tel jour pour la production, tel jour pour lancer les missions de communication pour la semaine, par exemple.

Ça t’est venu comment ton idée de faire de l’impression 3D ton métier ?

J'ai toujours aimé fabriquer des trucs quand j'étais petit. Mes parents ont fait construire leur maison et leur pharmacie, et j'étais toujours en train de suivre, dans les pattes des ouvriers.
Quand ils y ont construit une piscine, j'y étais chaque jour, c'était un peu mon kiff quoi. À Noël, je demandais à chaque fois des jeux de construction, je construisais mon petit robot, les livres restaient un peu sur l'étagère...

Aussi, mon grand-père avait une usine de tuiles en terre cuite. Il avait un atelier et à chaque fois que j'allais chez mes grands-parents, j'y allais avec lui pour bricoler.

Au lycée, j'ai fait un stage en Architecture et je trouvais ça assez cool, je me disais que ça pouvait allier un peu tout ça. J'avais un peu fait ça par élimination : mes frères avaient fait Pharmacie, toute ma famille est dans le milieu médical et je savais que je ne voulais pas faire ça, c’était trop chaud pour moi. Je voulais faire quelque chose de manuel.

J'ai postulé dans 10 écoles d'archi en France et aucune ne m'a accepté. La moitié d’entre elles ne m’a pas pris par rapport à mon bac qui était trop bas, et en plus certains candidats avaient fait des prépas artistiques, pas moi. Je n'avais jamais dessiné de ma vie et je n’avais aucune notion d’architecture donc forcément, c'était très compliqué à 17 ans de réussir les concours pour être accepté dans une école d'archi en France. Il y avait énormément de demandes pour très peu de places. Généralement, pour 1000 demandes c’est 100 personnes qui sont prises.

Je me suis donc dirigé vers la Belgique, à la faculté d'architecture de la Cambre, car ils acceptent tout le monde en archi et j’ai trouvé ça assez cool. On était environ 600 la première année, il y avait un peu de tout : des gens qui venaient de la comptabilité, de médecine, etc. C'était un vrai mix donc ça permettait d'être assez ouvert dès le début.

La première année, c'est un peu une année d'expérimentation autour de l'architecture. On ne met pas les pieds dans le plat dès la première année. C'est hyper varié, il y a un peu de tout pour ouvrir les élèves au maximum.
70 % du cursus c'est du projet et 30% c’est du théorique. Ça c'est vraiment quelque chose qui m'a correspondu parce que j'avais beaucoup de mal avec la pure théorie, comme dans des cursus de médecine ou pharmacie par exemple. Là, la majorité du temps c'était de l'expression, c’est ce qui m'a vraiment plu ! Et il s'est avéré que ça a été un peu une révélation dans le sens où chaque année, j'étais presque à chaque fois major de promo, ou au moins dans les 5 premiers.

Les 3 premières années, il y a des ateliers qu'on peut tester : atelier-logement, atelier design etc. pour essayer différentes voies.
En master, je me suis spécialisé dans la fabrication digital à plusieurs échelles, c'est là où j'ai découvert l'impression 3D. Avec un groupe d'étudiants et un prof, on a créé un premier FabLab (Laboratoire de Fabrication) à Bruxelles. La faculté d'architecture de la Cambre a très peu de moyens comparée aux écoles Françaises. Quand je suis arrivé, pendant les 3 premières années il n’y avait pas d'atelier maquette, ce qui est très rare pour une école d'archi. Du coup, on a créé ce FabLab ! On a eu les premières imprimantes 3D et c’est un peu de là que tout est né, que j'ai découvert toutes les technologies. Ça m’a permis de faire le lien entre mes facilités à l'ordinateur et le monde physique. J'avais des facilités à designer sur l'ordinateur et à très vite le faire transcrire pour les machines. Du coup, je faisais toutes mes maquettes aux machines.

J'ai fait mon mémoire "Made In" sur ce thème là. 
Quel est l'impact de ces laboratoires de fabrication dans les milieux urbains, et comment cela peut amener une certaine forme de fabrication locale, sans que ce soit de l’artisanat ? C'est un peu le made in local, la démocratisation des outils de fabrication.

En expérimentant l’impression 3D, tu pensais déjà à en faire un métier ?

L'impression 3D, c’est venu un peu de fil en aiguille. Avant, il y avait la modélisation en 3D sur ordinateur, c’est le truc que je gérais à fond. L'impression 3D au début c'était un hobby, dans le sens où tout ce que je faisais en 3D sur mon ordinateur, je pouvais le rendre réel et physique. Pour moi, c'était un peu la combinaison parfaite en termes de processus créatif : utiliser en même temps le manuel et le digital.

Au fur et à mesure du Master, j'ai imprimé quelques petits trucs pour moi. Ce qu'il faut savoir, c'est que l'impression 3D c'est aussi une communauté. Il y a énormément de gens qui échangent sur des forums. Au début, quand c'était un hobby, j'offrais mes services d'impression 3D sur Bruxelles sur une plateforme qui s'appelait 3D Hubs. 
Dès que j'ai acheté une imprimante je me suis inscris dessus, comme ça les gens qui habitaient dans le coin pouvaient imprimer des trucs avec mon imprimante. Ça a été un peu les prémices, je faisais ça en dehors de mes cours. Ça me prenait pas beaucoup de temps mais c'était assez cool de me dire que j'avais une mini usine chez moi qui ne faisait même pas la taille d’une imprimante papier. Ça me permettait en même temps d'interagir avec les gens et je trouvais ça sympa. Après, les étudiants aussi ont vite accroché à notre atelier de fabrication dans l'école.
C'est un peu le 3D Hubs qui m'a lancé dans la partie business mais j'ai toujours eu une âme assez entrepreneuse sachant que dans ma famille, ils sont tous entrepreneurs. J'ai toujours voulu faire ça, créer mon propre truc.

Ensuite, le départ pour Londres ?

On avait décidé avec Margaux (la femme de Julien) d’aller à Londres 2 ans avant de partir, du coup il y avait beaucoup de boulot avec l'anglais.
 On est donc partis en 2014 pour s'installer, moi dans un premier temps en tant qu'architecte. Les premiers mois, j'ai eu la chance d'avoir une bourse européenne (la Bourse Leonardo), d’un montant de 5000€ sur 6 mois, qui aide les jeunes architectes à l'étranger.

Ça m'a permis de trouver du travail qui n’était pas très bien payé mais qui me permettait d'apprendre énormément l'anglais, de rencontrer des gens et de m'introduire dans le milieu.

J'ai donc commencé à travailler dès que je suis arrivé à Londres. C'était du pur travail d'agence : créer des plans pour des appartements, aller sur les chantiers avec l'architecte,  etc. Au début, c'était vraiment en mode découverte, surtout que j'avais énormément à apprendre, tant sur le plan de la langue (anglais) que sur le métier en lui-même. Je n’avais aucune expérience donc c'était un peu la découverte quoi. J'ai fait ce boulot là quasiment 2 ans.
J'ai tout appris à ce moment là : faire des permis, tout ce qui est administratif, etc.

Comme je n’étais quasiment pas payé et que j'avais cette bourse, le deal c’était que je travaillais 4 jours par semaine et que j’avais ensuite trois jours de libre. Avec Margaux, on a vite transformé notre salon en bureau. J’avais mon imprimante dans le salon donc les jours de la semaine où je ne travaillais pas à l’agence, je travaillais sur autre chose.
 J’ai commencé à être payé une fois que je n’avais plus ma bourse.

julien vaissieres
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Comment tu t’es lancé en tant qu’entrepreneur ?

J'ai complètement fait ça en parallèle, ça s'est vraiment passé l'été 2015. On avait un petit espace de rangement de 3-4 m2, on a demandé à la propriétaire de le vider et on l'a transformé en atelier. J'ai aussi acheté une fraiseuse numérique qui découpe le bois. J'avais l'imprimante 3D et une machine qui permettait de graver, découper toutes sortes de matériaux, du coup j'avais vraiment un petit atelier.
J'ai commencé à faire des petits objets que je vendais sur des petits marchés locaux près de chez nous. L'archi me prenait pas mal de temps donc c'était plus de l'expérimentation, ça me permettait de tester plein d'idées.

Quel a été ton premier projet ?

Le premier gros projet ça a été les petits pots. C'était en janvier 2016, je voulais créer pour notre bureau un organisateur, un rangement de bureau. Je voulais mixer entre mes 2 machines, donc l'impression 3D en plastique et avoir aussi un côté bois pour que ce soit plus intéressant. J'ai commencé à faire deux, trois idées, le produit s'est fait assez rapidement, on l'a très vite mis sur Etsy pour le tester.
À partir de là, on a tenté le Etsy Awards et il s'est avéré qu'on l'a gagné ! Ça a été un gros truc, on a eu beaucoup de commandes à partir de là.

Quand tu as mis l’organisateur de bureau sur Etsy, tu étais certain de pouvoir répondre aux commandes des gens ?

Oui, il n’y avait pas non plus 10000 commandes et à ce moment-là, j'avais deux imprimantes donc ça me permettait d'en faire plus. J'en ai rapidement eu une 3ème, et comme je contrôlais toute la fabrication, ça ne tenait qu'à moi !

En parallèle, j’avais entrepris de faire une lampe et au même moment, j’ai commencé à fréquenter l’atelier Machines Rooms où j’ai rencontré Dylan. C’est le produit sur lequel on a commencé à bosser ensemble.

Tu peux nous parler de cette lampe ?

Cette lampe s'appelle PLYSET. Il y avait un concours, un appel à projets à Paris et c'est un peu ça qui a fait avancer le projet car l'idée c'était de se mettre des deadlines. Les personnes sélectionnées devaient faire un financement participatif sur la plateforme Ulule. On a été selectionnés et on a passé les mois de Juin à Octobre à vraiment développer la lampe sur tous ses aspects : les accessoires en bois, l'abat-jour imprimé en bouteilles recyclées et toute la partie électronique avec un fournisseur italien qui faisait des superbes cordons en lin et en coton.
En octobre 2016, on a lancé le lancement participatif, ça a plutôt bien marché. On a levé près de 10 000 € ! Ça nous a permis de produire à peu près 200 lampes.
Au même moment, on a eu un superbe projet à Mulhouse : on a dû fabriquer 50 lampes pour un centre médical. Ça nous a aussi permis de vraiment aboutir le produit et en même temps de collaborer. Toutes les commandes ont été livrées pour Noël 2016 !

julien vaissieres
Comment as-tu pris le risque de te lancer alors que tu pouvais t’assurer une situation plutôt confortable avec ton métier d’architecte ?

Le fait d'être deux ça a été très important ! Car quand Margaux s'est lancée, moi j'avais une situation stable et maintenant c’est elle qui a quelque chose de stable. On essayait d’éviter d’être tous les deux dans une situation compliquée, de minimiser les risques. En sachant que ça coûte cher de vivre à Londres, on ne pouvait pas prendre trop de risques. Après, il y a les parents qui étaient là pour nous supporter aussi. C'était quand même important de savoir que si c’était vraiment compliqué à la fin du mois, on n’avait pas à rentrer en France.

On avait aussi chacun des économies qui nous ont permis de compléter les fins de mois de temps en temps. Donc c'est vraiment le fait d'être deux qui m'a permis de sauter le pas.

Tu as quel regard sur tes potes qui eux sont en agence d’architecture?

J'admire leur travail en agence, c'est quelque chose qui me correspond moins, tout simplement. Si je ne prends pas de risques maintenant avec mon projet, ce sera compliqué plus tard !

Le but d’être en agence c’est aussi de potentiellement lancer ensuite son agence, ce qui n'était pas mon envie. J'ai toujours compris leur choix mais je n'ai jamais envié leur position parce que j'avais fait mes propres choix. Je ne dis pas que si j'avais pu avoir des stages dans des agences internationales que je connais, je ne les aurais pas fait... Ça aurait pu être cool mais l'opportunité ne s'est pas présentée donc ce n’était pas dans le mood du moment.
On est une génération assez complexe, on ne sait pas trop ce qui va nous attendre dans 20 ans donc c'est vrai que je préfère faire ça maintenant, en sachant que j'ai toujours la sécurité de mon diplôme et de ma formation.

Comment tu as fait pour établir un business, pouvoir être payé pour ton savoir-faire ?

En fait, ces dernières années j'ai un peu tout essayé financièrement. J’ai essayé de faire du consulting, d'imprimer pour les gens, de créer des produits et les vendre, etc.

J'ai essayé de brasser un peu de tout sans forcément bien le faire, ce qui me permet seulement maintenant de comprendre ce que Batch.Works peut devenir et vraiment avoir une visibilité sur le long terme. Disons que c'était beaucoup de tests, d’allers/retours.

Le fait aussi qu'on participe à 3 ou 4 marchés par an, ça nous permet d’aller au contact des gens, de leur demander ce qu'ils aiment et ce qu'ils n’aiment pas… Ça a été super important !

Comment ça se passe sur les marchés ?

Le but que j'avais au début c'était de démocratiser cette technologie. Une des façons que l’on a trouvée, c'était de faire les marchés. On ramène directement la machine sur place, on imprime devant leurs yeux les produits et ils peuvent les acheter après. Ça c'était un peu le challenge, même si ce n’était pas simple au début techniquement. Maintenant, c'est vrai que ça fonctionne assez bien pour avoir un retour instantané des gens.

julien vaissieres
julien vaissieres
Comment as-tu fait pour faire connaître tes 2 produits ?

C'est un peu le gros point noir de tout le parcours : la communication. La majorité de mon temps a été du design, de la fabrication, du prototypage, mettre le produit en place...
 Je n’ai pas fait de formation en marketing, en communication ou même commerciale donc ça a été très dur au début de vendre le produit, et ça l'est toujours ! On est très vite passé par des plateformes en ligne qui vendent un peu pour nous, du moins plus facilement.
C'est vrai que la communication a été presque inexistante, si ce n'est que Margaux avec ses talents de photographe a pu nous faire toute notre communication visuelle.
C'est pour ça que l’on souhaite recruter bientôt une personne qui serait complètement l'inverse de moi : très structurée ! Pas forcément créative comme moi, mais qui va permettre de faire la balance entre les deux .

Tu arrivais quand même à les vendre ?

Oui, l’Etsy Awards m’a très vite ramené du flux. La plateforme est connue mondialement
 du coup on a eu pas mal de ventes en Amérique, en Asie, au Koweït... enfin, partout dans le monde. C'était vraiment ça aussi qui nous motivait ! Il y avait vraiment des villes et des pays pour lesquels on se demandait comment les gens nous avaient trouvés... Dès qu'il y avait une vente on sautait un peu partout, même si ce n’était que 30€ !

Voilà, on a vraiment commencé avec Etsy, Squarespace pour faire un site web, Instagram...

Quels retours tu avais sur ton travail ?

Globalement, les premiers retours en ligne ont été positifs... De toute façon, ça a toujours été positif, il n’y a jamais eu de retour négatif par rapport à l’organisateur de bureau. Il a toujours bien fonctionné, même si moi à des moments je mettais en doute sa technique de fabrication qui n’était pas si simple que ça. Ça aurait été assez compliqué si un jour on avait eu beaucoup de commandes, c'est notamment pour ça que je le refais de A à Z cette année.

Les 2 succès de tes objets ça a du être un bon boost pour la suite ?

Oui ! Après, on a fait très peu de démarchage commercial donc financièrement c'était un peu compliqué de nous dire qu'on allait en vendre des milliers. On était trop pris par la fabrication et par d'autres trucs, ce qui est dommage. Je n’avais aucune formation là dedans, je n’avais jamais fait d’études de marché donc ça a été beaucoup de temps d'apprentissage, ça a été un peu 2 ans de learning quoi.

En quoi être rentré dans l’atelier Machines Rooms t’aide au quotiden ?

La communauté de Machine Rooms c'est aussi beaucoup de gens comme moi, qui ont bossé à mi-temps, puis qui sont passés à plein temps ici pour développer leur projet. Dans l'espace de coworking, il y a une sorte d'effervescence et on voit les gens bosser donc ça donne vraiment envie !
 On a créé une petite communauté vraiment top, on a des feedbacks quand on fait quelque chose, on peut tout de suite demander un avis, etc. Le network est hyper puissant donc ça c'est vraiment important. Ça nous a permis de faire des expos et d’autres choses...
Le fait d'être sorti de chez moi, d'avoir déménagé l'atelier ici, ça a vraiment été l’une des clés aussi.

julien vaissieres
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Comment vois-tu l’année 2018 ?

Disons qu’en 2017 on a beaucoup développé la partie technique et fignolé certains produits. On a aussi lancé le premier stylo imprimé en 3D au monde, qui est personnalisable avec les couleurs, etc.

En 2018, on va lancer une nouvelle gamme de produits qui va s'appeler HEX. L'idée c'est qu’au lieu de démarrer un produit de zéro, on va utiliser l’organisateur de bureau qu'on a fait avec la base en bois et le revoir complètement de fond en comble pour en faire un produit beaucoup plus versatile, beaucoup plus intéressant en fait. J'ai planifié un Kickstarter pour fin mai, j'ai fini les designs et il faut que je fasse les prototypes. Ça va être un système modulaire pour organiser son bureau ou une table de meeting. Il y aura, entre autres, un stand pour iPhone et iPad. L'idée c'est donc de lancer une gamme comme ça, la mettre sur Kickstarter et ensuite aller faire des salons, démarcher les boutiques, puis vraiment faire des relations publiques, du marketing et de la communication à fond !

C'est pour ça que je ne voulais pas trop m'attarder sur le design, pour me focus sur la production. Et après, bien évidemment, passer 2 mois presque complets sur les vidéos, les pages web, la communication, le press kit... la totale pour que le Kickstarter envoie du lourd.



L'objectif 2018 du coup c'est ça : lancer ce qui va permettre de faire les bases de Batch.Works pour potentiellement toucher plus de gens et développer plus de produits. On a déjà des contacts pour certains magasins, c'est un peu l'idée de distribuer.

L’autre fois, tu me disais que les coûts de production étaient assez conséquents, tu te donnes une deadline pour rentrer dans tes frais ?

Là, pour pouvoir lancer le Kickstarter j'ai un peu d'argent familial qui était là depuis des années, de ma grand-mère. Je l’utilise donc pour lancer vraiment ce projet là, pour que Batch.Works puisse être profitable fin 2018. Je ne travaille sur Batch.Works à plein temps que depuis juillet 2017 !

Avant il y avait Dylan, et disons que s’il n’y avait eu que moi à payer ça aurait été bon. Maintenant que c’est le cas, c'est complètement différent. Par exemple, je ne loue plus qu’un bureau à Machines Rooms, ce qui me coûte beaucoup moins cher.

Voilà, ça devrait plus ou moins se mettre en place comme ça.

Tu arrives à savoir ce que ça t’apporte de monter un projet ?

Comme c'est une passion, c'est vachement épanouissant ! Ça me permet aussi d'être bien dans ma peau et de faire ce que j'aime.

Après, c'est sûr qu’être entrepreneur ce n’est pas un long fleuve tranquille mais justement, je pense qu'on apprend beaucoup : il faut être multitâche, ça permet de se forger, ça crée un mental assez fort.

Des conseils ?

Comme je le disais, moi j'avais beaucoup de mal dans tout ce qui était communication et marketing. Et si je l'avais su plus tôt, ça aurait pu aider.

Mais je pense qu'on est tous un peu spécialisé dans quelque chose. N'ayant jamais eu de formation dans ce domaine, je prends un peu ces 2 ans comme un apprentissage. Les erreurs que j'ai pu faire, je pense qu'elles étaient nécessaires pour pouvoir apprendre.

Je ne pense pas que j'aurais pu lancer un Kickstarter dès le début. Le fait de faire un Ulule, une plateforme française, beaucoup plus petite, ça m'a permis de tâter un peu le terrain. C'est pas mal d'essayer beaucoup de choses ! Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas et on se demande pourquoi. Après, il faut trouver le bon moment pour prendre le taureau par les cornes et avancer !

Il y a des gens qui préfèrent être vraiment seuls, moi je préfère partager ce que je fais avec des gens et collaborer. C'est assez important aussi pour moi et si c’était à refaire, je pense que je referais un peu pareil.

Fin.

Pour en savoir plus sur le travail de Julien